« Frankenstein » – Note dramaturgique à l’intention d’un lecteur vraiment pas pressé

Dossier pédagogique de « Frankenstein », une adaptation en théâtre d’objets du roman de Mary Shelley par la compagnie Karyatides auprès de laquelle j’ai eu le plaisir de me former à la dramaturgie.

Il est presque attendu qu’un « dossier pédagogique » doit être utile aux enseignants, une sorte de kit clé en main, avec des solutions à mobiliser pour répondre à des questions précises, des dispositifs pédagogiques que l’enseignant peut mobiliser presque tels quels en classe. Car nous n’avons pas le temps. Et j’en suis convaincu : je n’ai moi-même pas le temps, et j’imagine très bien que vous n’en avez pas beaucoup non plus. Cependant… le spectacle que vous avez vu, ou que vous allez voir, est une critique des sciences modernes. Il me semble, comme le souligne Isabelle Stengers1, que ce qu’on appelle la « techno-science » s’est construite dans une dynamique d’efficacité, ce qui permet au chercheur de ne pas se sentir responsable de ses recherches, lui qui focalise son temps et son énergie à la production d’un résultat : une nouvelle connaissance ou un nouveau dispositif technique. Pour avoir une réflexion sur sa propre responsabilité, sur la place des sciences en sociétés, sur ce que cela implique sur la manière de penser un être humain… il faut prendre du temps.

Sans temps, on ne peut que reproduire des choses faciles, des lieux communs, des habitudes non réfléchies. Je ne vous diffuserai pas d’informations absolument nécessaires ou essentiellement cruciales pour la compréhension de la pièce… non, cela je ne peux vous le promettre. Mais je peux vous exposer une interprétation possible de cette histoire qui pourrait, peut-être, vous faire perdre un peu de votre temps rentable afin, pourquoi pas, d’engager une discussion plus générale sur les sciences modernes. Car je suis convaincu qu’en changeant sa manière de concevoir la connaissance, on change la manière de l’enseigner. Concevoir la science comme une entreprise de production de vérités objectives et absolues ne donnera pas le même enseignement de la connaissance que de la concevoir comme une activité de mise en accord par la discussion critique située.

1. Frankenstein n’est pas né dans un chou.

L’adaptation de Frankenstein que nous proposons est un point de vue actualisé du mythe de Prométhée. Une lecture contemporaine du roman de science-fiction pourrait paraître à première vue “de l’ordre du magique” : c’est l’électricité qui, “on ne sait trop comment”, car le processus n’est pas vraiment donné à comprendre, permettrait d’insuffler, ou de rendre la vie à un cadavre. Si nous prenons la peine de recontextualiser le roman, cela ne paraît plus si magique que cela : le 18e siècle est l’époque du galvanisme, un terme issu du nom du physicien et médecin Luigi Galvani, qui désigne un ensemble de théories et d’expérimentations permettant de comprendre la contraction des muscles stimulés par un courant électrique, notamment ceux des cuisses de grenouilles.

Ce procédé a manifestement influencé le roman de Mary Shelley. Par analogie le terme « galvaniser » prend la signification de « mettre en mouvement ce qui était inerte », et par métaphore « donner une impulsion nouvelle, communiquer une exaltation vive, quoique passagère »2. Nous ne savons d’ailleurs pas si notre spectacle galvanise nos spectateurs, mais nous sommes certains que nous ne les considérons pas comme inertes ! Nous avons en conséquence opté pour un parti pris dramaturgique.

Il s’agit d’espérer produire de la discussion autour de ce qui est habituellement nommé en sociologie des sciences (au moyen d’une expression un peu rebutante) : « controverses socio-scientifiques »… ce que les didacticiens des sciences nomment quant à eux « questions socialement vives », ces sujets scientifiques discutés dans l’arène sociale, publique, et pourquoi pas à l’école ou à la sortie du théâtre. Ce type de discussions porte sur des connaissances, des sujets scientifiques qui ne sont pas établis, figés, certains…

Le philosophe des sciences Bruno Latour décrit l’activité scientifique comme la fabrication de faits scientifiques qu’il qualifie de « boîtes noires » : une succession d’opérations qui efface les processus de production de connaissances. Qu’entendre par là ? Une boîte dont on ne sait ni ce qu’il y entre ni ce qu’il en sort. Dit en d’autres termes, lorsqu’il n’y a pas de débats au sein d’une communauté scientifique à propos d’un fait (par exemple : ce qu’est « une cellule », « un atome », « l’évolution », « la vie », « la gravité », etc.), ce fait nous (ou leur) paraît évident, tout naturellement là. Les atomes sont là, les cellules existent, il n’y a rien à expliquer, merci messieurs-dames. Ces « faits » sont comme des boîtes tombées du ciel, sorties de nulle part : sans histoire.

Pourtant, ce que nous rappellent Bruno Latour et d’autres avec lui, c’est que « ces faits sont faits », c’est-à-dire qu’ils ne tombent pas du ciel, mais sont bien fabriqués. Vous ne pensez certainement pas que les enfants naissent des choux ou sortent d’un panier en osier déposé devant la porte par une cigogne. Eh bien il en est de même pour lesdits choux, ainsi que pour tout autre fait soi-disant naturel : il y a bien quelqu’un, des personnes – en l’occurrence des scientifiques – qui se sont rencontrées autour d’une table ronde (ou à manger…) pour débattre et finir par s’accorder comme cela « tiens, ce délicieux légume-ci aux multiples feuilles hydrophobes, on va l’appeler “chou”, ou “Brassicaceae” »3. Sauf qu’à priori, vous comme nous (nous tout du moins) savons à peu près ce qu’est un « chou », un peu ce qu’est une Brassicaceae mais nous avons oublié (ou n’avons jamais su) quels furent les débats à propos du chou, et encore moins du Brassicaceae. Eh bien disons que nous considérons n’importe quel fait scientifique (au sens large : de la physique à la philosophie en passant par les mathématiques et l’anthropologie) comme la conclusion d’une discussion dont nous avons en grande partie oublié les échanges ; quand cette discussion n’a pas été effacée par les scientifiques eux-mêmes…

C’est ce que nous pouvons apprendre de ces fameuses questions socialement vives où nous pouvons voir des scientifiques discuter, exprimer leurs désaccords sur un fait ou un ensemble de faits : un organisme génétiquement modifié, le transhumanisme, le mariage pour tous, les gaz de schistes, le siège de l’âme-esprit, etc. Dans ce cas, il semble moins évident que les « faits » ne soient pas fabriqués. Cette idée n’est peut-être pas très évidente ni facile à mobiliser, peut-être encore moins dans un cadre scolaire. Mais nous pouvons nous approprier l’idée d’une autre philosophe, la Belge Isabelle Stengers (et nous vous évitons toutes les blagues impliquant les choux de Bruxelles), selon laquelle les sciences donnent souvent l’impression d’être une entreprise anhistorique.

Si Mary Shelley était morte au berceau, son œuvre n’aurait pas vu le jour. En revanche, si Newton était mort à quinze ans, un autre aurait bien fini par découvrir à sa place les lois universelles de la mécanique classique, dont la gravitation4. Voilà une idée tout à fait habituelle, partagée, admise : Frankenstein a une histoire, il est une création singulière, il est le fruit de l’imagination d’un auteur. La gravité non, elle n’est pas le fruit de Newton : avant et après la chute de la pomme qui provoqua le fameux mythe de l’Eurekâ (c’est plutôt Archimède, mais l’idée est là !), eh bien il y avait et il y aura toujours la gravité : les lois ne sont pas créées en sciences, les lois sont déjà là. [C’est tout l’inverse qui nous intéresse dans le roman de Mary Shelley : il y a bien une création (puisqu’une créature !) dont la faute est de s’en déresponsabiliser.] Cette idée de « lois naturelles », qui seraient préexistantes à la pensée humaine, fait l’objet d’une question socialement vive en philosophie des sciences, et un ensemble de chercheurs (de la discipline études de sciences) prennent le parti de définir les productions scientifiques – la gravité par exemple – comme de la création.

Et c’est ce que nous avons tenté de donner à voir dans ce spectacle. Pas de magie à l’œuvre (mais de la science-fiction, de la science que l’on imagine fonctionner dans un monde futur ou régit par d’autres règles), mais des scientifiques qui se questionnent constamment (la scène des savants quand Victor se retrouve en pleine « controverse scientifique » à l’Université d’Ingolstadt), changent d’avis (Victor change d’avis plusieurs fois en une heure de spectacle – soit toute sa vie –, par sa volonté ou la confrontation avec d’autres), et une connaissance qui ne naît pas dans les choux (c’est d’ailleurs notre interprétation de la fin de notre adaptation « il n’y a ni loi divine, ni loi naturelle »).

Un fait, une avancée scientifique, un roman ou tout autre texte possède un con-texte. Nous sommes convaincus que le roman de Mary Shelley est pris dans un contexte (l’œuvre n’est pas autonome, bien qu’elle ne se réduise pas à son contexte) ; nous en sommes également convaincus en ce qui concerne les productions scientifiques qui sont prises dans du social, des histoires, des visions du monde, des enjeux politiques forts. C’est ce que nous avons essayé de mettre en scène : nous ne pouvons discuter des questions éthiques suscitées par la possibilité de créer la vie – ce qui n’est pas sans lien avec des questions d’actualité telles que le développement des OGM ou des intelligences artificielles – ou le fait de faire revivre un mort, sans aborder des questions politiques. C’est la même chose à l’école : s’emparer de questions scientifiques, c’est promouvoir le débat démocratique ! Notre spectacle comme ce « guide pédagogique » peut être un support à ce genre de débat.

2. La guerre des choux.

Des vieux choux…

Ce parti pris dramaturgique concerne ces fameux choux… quels sont nos choux à nous ? Quels sont nos faits problématiques, quelles sont les controverses actuelles, quels sont les chouchous de nos discussions ? Dans le roman de Mary Shelley, la recette des choux est farcie à la sauce galvanisme (un peu de farces magiques si nous oublions le contexte du 18e siècle). Si ce mécanisme pour faire revivre les morts est un peu “chou” à la crème, il ne l’était pas à l’époque, et faisait même l’objet de questions socialement vives entre Luigi (lui, Galvani, pas l’autre, le frère de Mario) et Alessandro Volta (c’est bien lui qui a donné son nom à l’unité de mesure le volt… comme on donne souvent le nom d’une invention à son auteur, ça donne une idée des intérêts en jeu…).

Si nous pensions détenir la vérité absolue et objective – en oubliant notre premier parti pris concernant une science qui a une histoire, qui ne sort pas de nulle part – nous dirions à coup sûr que ces deux-là (lui et lui), ont fait chou blanc… dit autrement (c’est-à-dire avec moins de blagues – mais du c(h)ou(p), c’est moins drôle), en jugeant à l’aune de nos connaissances actuelles, certains diraient certainement qu’ils avaient tort, car maintenant nous savons comment cela se passe vraiment dans la nature5.

 Aparté : la controverse sur le galvanisme 

Et à cette époque, la fin du 18e siècle, la mode est à la découpe de membres animaux : en appliquant de l’électricité à différents endroits, les nerfs notamment, Galvani Luigi observe la contraction des muscles. Un peu mieux, quand il touche le nerf d’une cuisse de grenouille avec un scalpel, l’étincelle qui jaillit d’une machine située pourtant loin de l’animal provoque des contractions. Beaucoup mieux encore, avec deux morceaux de cuivre plantés dans la moelle épinière d’une grenouille et reliés par un fil conducteur à la rambarde en fer du balcon, les muscles se contractent à chaque fois que l’éclair d’un orage éclate. Hyper mieux, il observa ce phénomène même par temps clair ! Après toute une série d’expériences de ce genre, il en conclut qu’il devrait exister un type d’électricité particulier, « l’électricité animale », qui ne vient pas de l’environnement, mais qui serait produite directement par l’organisme, le cerveau, et qui se déchargerait lorsque les nerfs étaient au contact de métaux.

Cela correspondait tout à fait à l’ambiance de l’époque, et qui permet de matérialiser par un phénomène observable et mesurable, l’électricité, la théorie des fluides. Chez Francis Bacon il s’agit de l’ « esprit vital », chez Descartes l’ « esprit animal » : on pourrait dire qu’il s’agit de l’essence qui donne (au moins en partie) vie aux animaux dont nous faisons partie. (Il y avait même des non-savants qui se nommaient « électriciens guérisseurs » et pratiquaient « l’électricité médicale »).
C’est alors qu’Alessandro Volta tombe pile en scène ! Il est convaincu que l’électricité ne provient pas de l’organisme, mais des métaux au contact des tissus organiques qui produisent ou conduisent l’électricité de l’environnement : il se lance alors dans toute une série d’expériences sur des animaux entiers (moutons, cigales…), morts ou vifs… il met même sa propre langue en jeu en subissant de petites décharges, avant de découper des langues d’autres animaux dans lesquelles il plante des morceaux d’étain, pour avoir le plaisir de les observer se trémousser.
Alors que “le camp” des scientifiques galvanistes – des sociétés scientifiques entières – construisent des expériences en provoquant des contractions sans métaux, les sociétés voltaistes défendent qu’il y a toujours des conducteurs en jeu dans l’expérimentation, source de production électrique sur l’animal en question. Et c’est Volta qui sort vainqueur du duel, par ce que certains philosophes des sciences nomment des « expériences cruciales ». C’est-à-dire des expériences déterminantes. Bien sûr, définir ce qu’est une expérience cruciale est compliqué et relatif : chaque camp a son expérience cruciale. Sans rentrer dans tous les détails, Volta met au point des expériences où il arrive à mesurer la production d’électricité entre deux conducteurs sans la présence d’organisme animal. C’est bien Volta qui mit un terme au débat avec des instruments de mesure d’électricité, et en inventant « l’électro-moteur »… ce qui donne côté face la fameuse pile électrique.

Il faut bien se dire qu’à un moment donné de l’histoire, Galvani avait certainement « objectivement » raison. Seulement Volta a, à sa manière, réussi à convaincre du bien-fondé de ses théories. Et c’est bien plus tard que, toujours « objectivement », les premiers électrophysiologistes défendirent une nouvelle fois la production d’électricité par l’organisme.

Alors, rétrospectivement, qui avait plus raison, ou plus tort, qui était plus scientifique, plus objectif, où réside la vérité ? Peut-être que cette question n’est pas la plus intéressante, car voilà une belle controverse qui nous montre avant tout la toute relativité de l’objectivité en fonction des scientifiques (on est toujours le non-objectif de quelqu’un), de l’époque, etc. Il y a bien des raisons plus convaincantes que d’autres, des « vérités » et des « non-vérités », mais admettre qu’en science (et dans la vie) toute vérité est relative conduit à refuser l’existence de lois naturelles, et donc à mettre la science en débat ! L’histoire des sciences est à l’image de l’histoire du monstre de Frankenstein et de ses adaptations successives, elle est multiple et dépend avant tout du point de vue, de l’intérêt du narrateur.

… aux choux neufs.

Quoi qu’il en soit, ce contexte de l’époque a donné lieu à toute sorte de théories, considérées comme scientifiques à l’époque, sur l’idée galvanisante d’influer la vie à partir d’une sorte de principe de vie, l’électricité. Actualisé à notre monde contemporain, où la technoscience est quasi omniprésente dans les habitudes quotidiennes, dans les médias ou dans la culture dite populaire, il est question de clonage, d’organismes génétiquement modifiés, d’intelligence artificielle, de trans/posthumanisme, de greffe de toute sorte de tissus/organes, de différents types de procréations médicalement assistées, d’imprimante 3D de tissus cardiaques à partir de cellules souches, etc. Le processus de construction du monstre que nous avons mis en scène dans le spectacle peut paraître tiré par les cheveux… mais peut-être pas tant, si on songe aux controverses actuelles concernant la greffe de tête humaine6 ou de la naissance en Chine de bébés transgéniques potentiellement résistants au VIH7.

3. Savez-vous planter des choux ?

Pour qu’il y ait science dans une fiction… il faut y croire. Nous admettons dans notre spectacle un monde – c’est-à-dire des règles, des normes, des manières de voir et de faire qui diffèrent du nôtre – où à partir de l’ADN d’un mort, après toute une série de manipulations en laboratoire, la vie peut être créée. On peut se poser la question de savoir si cela serait possible ou non dans notre monde actuel, mais nous l’avons rendu bien réel dans notre fiction ! Par contre, sans vouloir vous prendre le chou, il existe une question actuelle sous-jacente à laquelle nous ne répondons pas vraiment : la créature est-elle une nouvelle créature, ou bien la concrétisation du fantasme de Victor, une personne ressuscitée par l’expression de son ADN ?

Une question bien épineuse à laquelle d’autres adaptations répondent, mais dont nous refusons le parti pris sous-jacent. Par exemple dans l’adaptation cinématographique de James Whale de 1931, l’assistant de Victor dérobe pour lui non pas un cerveau “normal”, mais, en allant tout au travers des choux, un cerveau “malade” – en fait celui d’un assassin, ce qui explique pourquoi le monstre est une brute, bête comme un chou. Cela peut laisser entendre que les traits de caractère ou même l’intelligence d’un être humain sont inscrits dans son cerveau (malgré des nuances apportées par l’absence d’éducation, ainsi que finalement l’expression d’un désir de justice).

Pour comprendre le problème, prenons un exemple plus simple à illustrer, celui de la réincarnation de la mère de Victor. Admettons, admettons… (et là je demande au lecteur un effort d’imagination – il s’agit d’imaginer une autre histoire que celle que nous avons racontée dans le spectacle) que Victor prélève un fragment d’ADN de la mère, qu’il le transfère dans des cellules fraîches, puis produise des tissus, des organes pour enfin produire une créature vivante. Deux solutions opposées (au minimum) sont envisageables, chacune véhiculant un monde différent.

Commençons par notre premier monde. « It’s alive » : la créature vit ! C’est possible, nous on l’a bien fait… Elle ne sait pas parler, et ce qui va donner un être humain est le fruit d’une éducation prise dans un environnement social, une suite de choix individuels et collectifs. Finalement Victor aurait échoué, car il n’aurait pas fait revivre sa mère, mais aurait donné vie à sa mère bébé, à un simple bout de chou. Il est certes un clone porteur des gènes de sa mère, mais un enfant qui va commencer sa vie, apprendre le monde et se positionner dans ce nouveau monde qui n’était pas le sien.

Ce qui fait la personnalité d’une personne, sa vie, ses manières d’être au monde (ce que des anthropologues nomment de « cosmologie »), sa mémoire, etc. ne serait pas réductible à une molécule d’ADN. Ainsi faire revivre sa mère, ou un corps exprimé par son ADN, n’aurait tout bonnement aucun intérêt dans l’idée de réaliser le fantasme de Victor.

Nous aurions certainement fait nos choux gras, nous nous serions régalés de ce choix dramaturgique qui, finalement assez inspiré de ce qui nous a séduits dans le roman de Mary Shelley, refuse un monde réductionniste – qui réduit les phénomènes à des composants plus petits, et par conséquent le déterminisme biologique. Ce monde insiste sur l’importance de l’éducation et sur la capacité de faire des choix (et non des choux) dans le monde. Ce beau monde, nous le nommons « le monde des raisons ».

Le second monde est moins chou à notre goût. La créature ne fait pas que vivre (« It’s alive! »), elle re-vie (« It’s re-alive! ») ! L’ADN est bien la réincarnation de sa mère. On pourrait imaginer plusieurs variantes. La plus folle serait de retrouver sa mère qui, après une bonne nuit de sommeil, ouvre les yeux et découvre un monde à travers ses pensées telles qu’elles les avaient à la microseconde avant de mourir. Elle se souvient de Victor, lui pousse une chansonnette à en briser ses cathéters (pourtant en plastique), embrasse son fils et après réflexion se souvient, et… gifle Victor. Car n’oublions pas que dans notre histoire, le souhait de sa mère était qu’on la laisse reposer en paix.

Cette version est des plus réductionniste et déterministe. Dans une autre variante, on pourrait imaginer que la mère de Victor ressuscite, mais doive se réadapter à la vie, se rééduquer, et finirait comme par instinct à retrouver les restes psychologiques de son ancienne vie. Finalement ces deux variantes dénotent toutes deux d’un monde que nous appelons « le monde des causes ». Celui d’une science qui cherche l(es) origine(s) des choses de manière causale : si je fais quelque chose, c’est que j’ai été d’une manière ou d’une autre poussé à le faire par des causes précédentes.

Comme une boule de billard. La verte, couleur chou. Si elle tombe dans le trou, c’est que j’ai appliqué une certaine force à la queue de billard qui l’a transférée à la boule blanche qui a donné une certaine trajectoire à la boule verte qui est tombée dans le trou8. Dans un monde causaliste il en serait pareil de nos choix : c’est ce que certains philosophes, théologistes, biologistes, sociologues, etc. appellent « déterminisme » (et ses variantes sont nombreuses).

4. Un monde causaliste dans une mauvaise feuille de chou.

Cette manière de donner sens non pas par les raisons (les volontés, les aspirations), mais par les causes, construit un monde régit tantôt par des lois divines, tantôt par des lois naturelles, tantôt par des lois sociales, et conduit à ce que nous avons mis en scène : le monstre de Frankenstein, un humain objectivé, dont le comportement résulterait d’éléments profonds (ses gènes par exemple) et serait déterminé par eux. La création est traitée comme un objet et est instrumentalisée par l’expérimentation de la science moderne.

Pour nous le problème ne réside pas dans la création d’un nouvel être, ni même dans une quelconque transgression. Le problème c’est de délaisser cette création, de l’abandonner, de ne plus s’en sentir responsable. C’est une question socialement vive de bioéthique qui réside au cœur du spectacle : l’instrumentalisation d’un être humain par la science, notamment par la médecine. Ce monde des causes qui conduit à réduire un être humain à celui d’un test de laboratoire.

La science-fiction que nous aimons est truffée de critiques déterministes (de Bienvenue à Gattaca à Premier Contact) qui réduisent les êtres à des numéros (The Prisoner), à leur apparence (Elephant Man) ou à des produits lucratifs qui feraient ce qu’on leur dit (The True Man Show). Notre monstre prend vie sur une table d’opération, et quand Victor le chirurgien constate son travail techniquement réussi, il passe à autre chose. Ce même chirurgien n’écoutera pas les raisons de son patient : peu importe ce qu’il lui dira, son diagnostic causaliste réduit la parole de sa créature à ce qu’il serait vraiment malgré lui : un test. Cela n’est pas sans rappeler la tautologie exprimée par Michel Foucault : le psychiatre répondra au fou qui se défend de l’être qu’il est bien fou, sinon il ne serait pas dans un hôpital psychiatrique…

(Victor) Frankenstein – Compagnie Karyatides

Vous l’attendiez tous, il arrive… IL EST REVENU ! Mais non ne fuyez pas comme des cons ! Au contraire, venez, venez ! Je parle de (Victor) Frankenstein bien sûr, un spectacle de la Compagnie Karyatides auquel j’ai apporté mon soutien dramaturgique.
Vous l’aurez donc tous compris (si vous me suivez en tout cas) ça parle de science. Vous le saviez, ça parle de mort (et si vous ne le saviez pas… mais dans quel monde vivez vous?!). Petite surprise : c’est du théâtre d’objet qui fait appel au chant lyrique. Eh, mais je vous assure, on y rit quand même. Ça Promet(hée). Ma blague ne vaut pas pipette et pourtant on en joue à l’opéra de la Monnaie dès le 6 mai 2018.
Et si vous n’êtes pas contents (pas de mes blagues, je n’assure pas ce SAV), je le serai d’en discuter avec vous. On assure le SAF(rankenstein).


Mise en scène Karine Birgé
Dramaturgie Félicie Artaud & Robin Birgé
Création Sonore Guillaume Istace
Création Lumière Dimitri Joukovsky
Scénographie Et Costumes Claire Farah
Conception Créature Sébastien Boucherit & Joachim Jannin
Comédiens Cyril Briant & Marie Delhaye
Soprano Virginie Léonard
Piano Kevin Navas

Production Compagnie Karyatides
Coproduction La Monnaie/De Munt, Le Théâtre De Liège, Le Festival Mondial Des Théâtres De Marionnettes, Le Sablier – Pôle Des Arts De La Marionnette En Normandie, Le Trident – Scène Nationale De Cherbourg, Le Centre Culturel De Dinant, Le Théâtre La Montagne Magique, Pierre De Lune & La Coop Asbl

Actio, Drama et Pragma sont sur un bateau. Pourquoi l’action ? Ou différenciation éthique des esthétiques de l’action.

Mes thèmes de recherche portent sur les relations entre science et société, sur la responsabilité sociale, l’implication et l’engagement politique du chercheur. Ma formation, comme mon travail de recherche jusqu’à aujourd’hui, est caractérisée par l’interdisciplinarité : d’abord acculturé aux sciences dites expérimentales – la biologie et l’écologie –, j’ai choisi de questionner le statut de ces sciences, et mon propre statut, en me formant aux “études de sciences”. C’est dans un tel cadre que j’ai entamé mon doctorat sur la place de l’expert scientifique en démocratie : faut-il plus d’experts et risquer la confiscation du pouvoir aux citoyens, ou moins d’experts au risque de ne plus avoir de fondements solides sur lesquels prendre les meilleures décisions ? C’est avec un goût prononcé pour l’épistémologie que j’emprunte largement à différents champs disciplinaires pour répondre à ma problématique : les sciences de la communication, la sociologie des sciences et de l’expertise, l’anthropologie de la connaissance et de la communication et les sciences politiques. J’ajouterais à cette liste (bien trop encyclopédique à mon goût) un champ moins bien défini dont je mobilise des objets hétérogènes dès que cela me semble pertinent, celui de la culture populaire. Ne souhaitant pas “faire école”, les membres de mon jury de soutenance de thèse soulignent unanimement la difficulté à qualifier en des termes académiques ma discipline. Pour certains je pratique une sorte « d’épistémologie-politique » (Dominique Vinck et Grégoire Molinatti). Bien conscient de la difficulté à concilier mon projet de toujours parler de manière située, et non d’un “point de vue de nulle part” ou du “point de vue de Sirius”, avec une interdisciplinarité qui m’est tout autant problématique : que signifie se placer “entre” ? Mon nominalisme affirmé m’a amené à assumer une interdisciplinarité institutionnelle, tout en nommant et précisant ma discipline singulière – d’où je parle : la sociologie dramaturgique. Je l’argumente dans ma thèse par l’intérêt porté à (littéralement) l’étude des sociétés, et par mon souci de l’action sur le monde. Ce monde dans lequel je vis, je l’étudie et je souhaite le transformer “scientifiquement” (à savoir collectivement, par la critique), agir dessus selon un idéal de justice, ce qui m’a amené à une critique du (des) Grand Partage entre connaissance et croyance, fait (donné) et valeur.

J’aimerais vous exposer en quoi le terme de drame (qui signifie action) m’a paru le plus pertinent, notamment pour me démarquer des travers que j’identifie dans l’action pratique du pragmatisme, et en quoi j’aimerais travailler à la rencontre, ou la confrontation, de la sociologie dramatique avec une autre forme d’action : la recherche action.

Le bateau comme métaphore de la production de connaissances

Le frontispice du Novum Organum, l’un des ouvrages majeurs du philosophe Francis Bacon qui fonde les sciences modernes et qui peut être traduit par “nouvel outil”, est orné d’une image métaphorique de l’épistémologie de la découverte scientifique préconisée par l’auteur. Il s’agit de la représentation d’un océan qui s’étend jusqu’à l’horizon – l’immensité des phénomènes composant la nature – sur lequel naviguent des navires (constructions hautement techniques – tout du moins pour l’époque – permettant l’exploration) qui dépassent deux colonnes.
Houghton EC.B1328.620ib - Novum organum scientiarum
Connues sous le nom de Colonnes d’Hercule, elles symbolisent la limite du monde connu dans l’antiquité, au-delà des côtes africaines et européennes adjacentes au détroit de Gibraltar. C’est par le moyen du progrès technique permettant d’en savoir toujours plus sur les secrets de la nature que petit à petit, l’océan de l’empirie, des données provenant de l’expérience sensible, se dé-couvre. C’est ainsi que le bateau des sciences modernes permet de lever le voile de la nature, de produire des connaissances vraies et justifiées, c’est-à-dire des connaissances qui expliquent les causes et qui correspondent à un réel pré-existant. En ce sens, cette recherche explicative va présenter le réel pré-existant, et dans ma thèse, je nomme cette croyance le réelisme. Le bateau des chercheurs de la science moderne, en produisant une carte du réel de plus en plus étendue, de plus en plus précise et exacte – prenant des teintes différentes selon les postures épistémologiques des chercheurs (vérificationnisme, réfutationisme, etc.) –, permettrait par la maîtrise de la nature un progrès de l’humanité en général. Actualisée à notre monde contemporain, ce que Dominique Pestre nomme « régime de sciences en société », je pourrais imaginer une photographie à l’esthétique réeliste – d’un “point de vue qui se penserait comme de nulle part” –, du détroit de Gibraltar d’où partiraient et reviendraient des navires porte-conteneurs. Dit de manière caricaturale, le réelisme des sciences modernes est aujourd’hui majoritairement soumis aux règles d’une économie de marché sur le mode de la rentabilité.

Si j’estime que la science explicative est dominante – celle qui est pratiquée et dont je fais quotidiennement l’expérience à la rencontre des images véhiculées dans les médias ou la culture populaire – je rencontre pour autant dans les discours (discours au sens large) une grande variété de postures épistémiques. Celle qui m’intéresse, et que j’ai argumentée dans mon travail de thèse, je la nomme avec d’autres 1 constructiviste. Notre bateau, à l’allure singulière, s’intéresse moins aux explications causales qu’à la recherche de compréhension (de sens) de re-présentations symboliques qui composent des mondes non plus de données empiriques, mais de construits. L’intérêt de cette posture épistémique dans l’optique d’une recherche engagée est de situer le pouvoir dans et par le langage, en responsabilisant les acteurs produisant des connaissances chargées de valeurs, et donc des mondes.

La discipline d’origine par laquelle je me suis construit – l’anthropologie de la connaissance, ou plus généralement les études de sciences – m’a conduit à qualifier un type de recherche à l’esthétique particulière, celle d’une posture revendiquée de constructiviste, mais qui se donne à voir comme une recherche explicative aux soubassements pourtant réelistes. Il s’agit non plus d’une science explicative (car le réelisme est rejeté), ni d’une science compréhensive (car la forme est explicative), mais d’une science que je nomme descriptive. Cette science re-présente des groupes concernés, explore des controverses, pratique des terrains, traite des données : c’est le bateau commun de la description, qui construit une multitude de cartographies de l’océan, celle de l’anthropologie de la connaissance, des études de sciences constructivistes, de la sociologie pragmatique, de la sociologie latourrienne. J’ai ainsi construit ces différentes caricatures 2 au cours de mon travail doctoral et dans un chapitre d’ouvrage avec Sarah Calba (sous presse) intitulé Langagement ou la déconstruction de la neutralité scientifique mise en scène par la sociologie dramaturgique.

L’éristique de la sociologie dramaturgique à la rencontre du pragmatisme…

La sociologie dramaturgique s’est construite par une série de transformations successives de l’anthropologie de la connaissance et de la sociologie pragmatique. J’ai argumenté dans mes deux premières parties de thèse les travers du terrain (que j’ai mis en scène à travers trois études de cas d’expertises controversées au sujet de l’écotoxicologie d’un maïs transgénique 3, de l’exploration des gaz de schistes 4 et de la réforme de la loi famille 5), à savoir que j’identifie un rapport trop réeliste aux données empiriques par rapport à d’autres formes de discours. J’argumente également l’idée que cette critique s’applique dans une certaine mesure à la sociologie pragmatique qui, tout en assumant un constructivisme épistémologique, prend le soin de sauvegarder le réel (qui nous résiste et permet de passer ou non des épreuves). Cette forme particulière de réelisme (que je nomme constructionnisme) est appliquée aux acteurs du terrain, qu’il s’agit d’écouter, de manière symétrique (dans le noble objectif de montrer les asymétries), et d’accompagner. Si je partage l’idée de laisser la capacité critique aux acteurs, c’est par souci de transformation radicale(ment nominaliste) du monde, sans justement risquer l’instrumentalisation des acteurs 6, que j’ai opté pour une transformation de l’action pragmatique trop réeliste, pour une dramaturgie. D’ailleurs la pratique, du grec praktikê, se construit contre la theoretikê, la théorie. “Bien sûr” les philosophies pragmatistes n’entendent pas séparer l’action et la théorie, écrire un texte étant déjà une action sur le monde, mais c’est par souci de rupture avec l’habitude, par distanciation brechtienne 7 que je préfère le choix d’un terme singulier, le drame (en grec drama signifie également l’action). C’est d’ailleurs la finalité (non comme clôture, mais comme le but recherché) de la sociologie dramaturgique de prendre ses distances avec les habitudes pour mieux les manipuler, les mettre en scène, pour les transformer. La sociologie dramaturgique partage avec le pragmatisme l’importance et l’intérêt de concevoir une pluralité de mondes portés par des acteurs situés dans des dispositifs tout aussi hétérogènes, mais sa volonté de transformation du monde n’accepte aucune tolérance vis-à-vis d’un discours d’acteur, quel qu’il soit. Au contraire, c’est par la discussion avec l’acteur que la compréhension peut avoir lieu. C’est d’ailleurs ce qui fonde son éthique de la discussion, l’éristique : c’est dans la confrontation de points de vue singuliers qu’une connaissance constructiviste peut s’élever.

…et de la recherche-action.

Selon Alexia Morvan (2013), « Les théorisations de la recherche-action considèrent l’expérience, l’action (ou l’activité) comme source de connaissance et assument une posture d’engagement du chercheur dans la transformation de la réalité (ou d’efficacité pratique de la recherche). Ce point assure l’unité intellectuelle par-delà les différences substantielles entre les familles de théories. Au-delà de cet horizon théorique commun, il faudra distinguer au regard de la question de la participation entre un modèle de recherche-action appliquée et un modèle de recherche impliquée. Dans le deuxième modèle cette contestation de la frontière entre théorie et pratique s’étend à celle du pouvoir du chercheur dans la production de connaissances. » Partant de cette définition, et également sur les conseils de mon jury de thèse, il me semble en effet pertinent de chercher à faire rencontrer, à confronter la sociologie dramaturgique et la recherche-action, dite également recherche-intervention, ou recherche-expérimentation. Mon objectif de recherche ne serait absolument pas de produire un état de l’art en la matière, mais plutôt de viser la production d’un article sur les différenciations éthiques de l’esthétique de l’action, en me confrontant à des discours canoniques ou plus discrets, qui me permettront de comprendre en quoi la recherche-action produit un rapport particulier au monde et à sa transformation. Plus particulièrement, dans l’élan de ma thèse, il s’agirait de construire une représentation de l’esthétique de la recherche-action, l’esthétique entendue comme un rapport du fond (le contenu, le propos) et de la forme (la manière de donner à voir le propos), en partant du principe que les deux sont temporairement et analytiquement séparables, mais indissociables dans sa compréhension 8. Qu’est-ce que donne à voir la recherche action, elle-même inspirée de lectures pragmatistes (Lewin, considéré comme un précurseur de la recherche-action, s’inspire d’auteurs comme James et Dewey), tout en mobilisant les sciences expérimentales ? Comment répond-elle à la critique de l’acceptabilité sociale ou de l’instrumentalisation des acteurs par les chercheurs (notamment la recherche-action-participative 9 qui critique la spécialisation du travail en impliquant les acteurs non-scientifiques à la production de connaissances) ? Comment agence-t-elle le rapport de la théorie et de la pratique (un ancien Grand Partage) ? Comment conçoit-elle son rapport entre la subversion et « l’efficacité pratique de la recherche » qui, formulé ainsi, prend le risque d’embrasser les injonctions d’une recherche entrepreneuriale et rentable (son vocabulaire, pour prendre quelques exemples non-exemplaires, semble être managériale, comme la « planification stratégique », le « calibrage des outils », les « études de faisabilité », « l’utilisation de ressources » 10) ? Ces questions ont été au cœur de ma réflexion sur le rôle de l’expert, et j’espère pouvoir les prolonger au sujet de la recherche-action.

D’une manière générale, après avoir contribué à la suite de nombreux auteurs à couler le bateau de la recherche explicative et réeliste, mon projet consiste à comprendre si le drama, le pragma et l’actio peuvent partager le même bateau.

Bibliographie

Calba S. et Birgé R. (Sous presse) Langagement ou la déconstruction de la neutralité scientifique mise en scène par la sociologie dramaturgique. Les Éditions science et Bien commun, Québec.

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. 2018. http://www.cnrtl.fr/ consulté le 15 février 2018.

Chevalier J., Buckles Daniel et Bourassa M. (2013) Guide de la recherche-action, la planification et l’évaluation participatives, SAS2 Dialogue, Ottawa, Canada.

GDR PARCS. 2018. http://gdrparcs.fr/, consulté le 15 février 2018.

Morvan A. « Recherche-action », dans Casillo I. Avec Barbier R, Blondiaux L, Chateauraynaud F, Fourniau J-M, Lefebvre R, Neveu C. et Salles D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013. http://www.dicopart.fr/es/dico/recherche-action. Consulté le 15 février 2018.